Pourquoi Android sera leader, mais l’iPhone toujours le téléphone star.

Le titre de ce post peut paraître paradoxal, mais cela n’est pas.

L’apparition de l’iPhone a changé la manière dont nous voyons le téléphone mobile. Ou plutôt nous percevons désormais notre téléphone mobile comme nous avons toujours voulu le percevoir, depuis les livres d’anticipation scientifique : un petit appareil qui nous permet de communiquer, consulter de l’information, agir (réserver un hôtel, se repérer dans l’espace, …) en permanence, ou plutôt n’importe quand, n’importe où.

C’est ici un glissement complet de définition entre le téléphone et le terminal numérique de poche.

Et l’iPhone et les téléphones Androids sont cela : des terminaux numériques de poche très puissants.

L’iPhone devance toute la concurrence : 77% des ventes de mobiles à Noel par Orange furent des iPhones. 45% du trafic 3G aux Etats Unis est du trafic iPhone. Et la question toute techcrunchienne apparaît : qui sera le iPhone Killer ? La réponse est simple : aucun téléphone ne tuera l’iPhone. Mais il est logique que la plateforme Android sera rapidement majoritaire.

Pourquoi Android est une idée de génie ?

Il y avait une place à prendre : celle de la plateforme technologique ouverte de terminal numérique. C’est à dire de profiter de ce qu’Apple avait mis en place comme attente (le terminal numérique simple, l’intégration réelles d’une interaction avec l’environnement — le toucher, le son, l’image, la localisation, la direction – et l’extensibilité aisée par la centralisation de l’offre applicative), et en faire une plateforme ouverte pour les fabricants et les développeurs.

L’idée est donc simple : une technologie excellente, une ouverture totale. C’est un magnifique choix stratégique et industriel, mais aucunement un acte marketing. Car il n’y a pas de produit derrière, mais des produits. Si on regarde la liste des membres de l’Open Hanset Alliance, on note juste l’absence de Nokia parmi les fabricants (et cette position est difficile pour le fabriquant nordique). Cela signifie qu’à court terme, la vaste majorité de l’offre de téléphone sera sous Android. Android devient donc le standard. C’est une stratégie brillante à la Microsoft, avec la culture technologique web de Google (le parcours d’Andy Rubin, l’homme derrière Android, est d’ailleurs interessant, puisqu’il est passé par Apple, Microsoft, avant de fonder Android racheté par Google.).

Aussi, petit point intéressant, c’est le statut Open Source d’Android, totalement conforme avec le constat actuel que le « platform software » ne peut fonctionner qu’en Open Source — et de préférence sous licence Apache, comme c’est le cas ici.

Le Produit reste roi.

Face à la stratégie, il y a le marketing, et donc le Produit. Le Droid, puis le Nexus One, sont présentés tour à tour comme des iPhone Killers. Mais ce sont plus des instanciations de la plateforme Android, des étapes de maturation, que des Produits avec un grand P. Car qu’est ce qu’un Produit ?

C’est d’abord une identité, dont le nom devient un référentiel produit. C’est à dire que le produit n’est pas la somme de fonctionnalités, d’intérêts, mais c’est un tout qui dépasse cette somme. Quelque chose qui véhicule une signification, une culture, une vision du monde, et qui est un objet. On peut l’imiter, on peut faire objectivement mieux, mais ce qui manquera, c’est le sens.

Le sens, c’est la direction, la signification, et c’est l’interaction sensible/sensuelle que l’on a avec un objet.

L’iPhone, de génération en génération, reste l’iPhone. Il ne change pas de nom. Après il y a des modèles d’iPhone : le 3G, le 3GS, etc… mais l’objet est un iPhone. En face, j’ai un téléphone, dont le modèle est un Droid qui a comme caractéristique d’être sous Android. D’un côté, un objet lambda (un téléphone, modèle Droid), de l’autre, un iPhone, modèle 3GS.

La définition basique d’un produit est celle ci : « Un produit est un bien ou un service associé à une production et censé satisfaire un besoin, généralement moyennant un prix à payer par l’utilisateur ».

Une phrase de Nietzsche me vient alors à l’esprit : « L’Homme est le seul animal qui a besoin de sens pour vivre ».

Steve Jobs, en introduisant l’iPhone, avait un discours de création de sens (comme dans tous ses discours d’ailleurs):

« We gonna make some History together today »

Ici c’est la création de sens au plus fort : l’Histoire

« We’re introducing three revolutionnary products : a widescreen iPod with touch control, a revolutionnary mobile phone, a breakthrough internet communicator. »

On continue sur l’Histoire avec deux fois le mot révolutionnaire, le mot avancée / percée (breakthrough).

L’iPhone n’est pas un téléphone, mais contient un téléphone… nuance.

L’iPhone n’est pas non plus la somme de ces trois éléments : c’est trois éléments qui, une fois réunis, changent l’Histoire.

Ainsi l’iPhone restera l’étalon du marché et restera sûrement le téléphone le plus vendu. Mais la plateforme Android va sûrement remporter la majorité du reste du marché, pour une expérience rationnellement similaire, mais émotionnellement plate.

Mais attention, même si je suis un mac user invétéré, et que je possède un iPhone, je ne veux pas dire que ce soit le meilleur terminal numérique de poche du marché. Il est simplement un rouleau compresseur marketing, quand Android est un rouleau compresseur stratégique. Nous vivons une époque formidable.

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5 commentaires sur “Pourquoi Android sera leader, mais l’iPhone toujours le téléphone star.”

  1. Gregory Talon dit :

    Et si l’iPhone devenait une gamme a l’image de la gamme Ipod pour prendre une part de marché encore plus importante et qui sait, peut-etre arriver dans une situation de monopole similaire au marché des lecteurs mp3. Perso, je ne me vois pas faire tourner Android sur un iPhone. C’est pas juste le Nexus qui est vilain, le design de l’OS est assez vilain aussi. Je suis pas certain qu’une stratégie a la microsoft soit aussi appropriée sur ce marché qu’elle le fut sur le marché des PC.

  2. Minardo dit :

    Très intéressant, mais le titre me laisse dubitatif. Est-il correct, grammaticalement parlant ?

  3. Julien dit :

    Il est vrai Greg, j’aime pas du tout le design de l’OS… en fait, y’a pas vraiment de design, c’est pas homogène ;) Mais pourquoi parle tu d’Android sur iPhone ?
    Je pense malgré tout que si, une stratégie à la Microsoft est adapté au marché du mobile : le Nokia 3310 d’il y a 10 ans sera demain un téléphone Android. Le teléphone lambda sera Android, tout simplement que la faiblesse du marketing contrairement à de la stratégie (mais aussi sa force) est de créé de l’adhésion, d’autant plus forte qu’elle crée de l’anti-adhésion. Elle segmente par sa création de sens. Donc laisse de la place.
    Il faut pas oublier le positionnement premium d’Apple. Et si les Android sont toujours chers, ce ne sera plus le cas d’ici un an ou deux. Contrairement aux iPhone qui seront toujours upper price (sinon ils perdraient leur identité).

  4. Gregory Talon dit :

    C’est un marché ou l’ont renouvelle un max les terminaux. Bien plus que les PCs.
    Le Nokia 3310, je l’avais il y a 10 ans. Aujourd’hui j’ai un iPhone.

    Tu parles d’une dominance potentielle de l’OS android.
    Pour cela, il faudra deja que l’iPhone ne prenne pas plus de 50% du marché des terminaux mobiles.
    Ce qui a changé c’est que la demande tend a se concentrer sur UN terminal et ce terminal ne sera pas sur Android.

  5. lartus dit :

    Wait & see…
    En tout cas aujourd’hui je trouve l’interface de l’iPhone vilaine aussi… WebOS semble bien plus léchée.

    Pour participer au débat, je pense que nous sommes arrivés à une phase de maturité (pour Apple et les Apple users en tout cas). C’est comme lorsqu’on a commencé à acheter sa voiture pour la ligne et l’usage, plutôt que pour les composants et les performances.
    Pour l’instant, l’iPhone est mainstream, les téléphones Android sont des trucs de geek. L’argument « oui mais android c’est libre » ne parle d’ailleurs qu’aux techos.
    Il est possible qu’Android devienne l’OS du/des futur(s) 3310, mais le problème c’est qu’Apple nous a habitué à autre chose :
    « Pourquoi vous contenter d’un simple téléphone ? »

    Il y aura toujours des clients pour le smartphone à 1€, comme il y aura toujours des clients pour le simple téléphone (très jeunes, très vieux…), mais je suis certain que l’iPhone a encore de beaux jours devant lui.

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