Entrepreneuriat & Développement Produit : quelques leçons apprises, retour sur YesOrNow.

[UPDATE] Un article suit celui-ci annonçant que je relance le projet [/UPDATE]
Il y a maintenant presque deux ans, j’ai démarré avec mon acolyte Youri un projet, YesOrNow. Le site à été lancé en Novembre dernier, et au bout d’un mois d’existence, on a du fermer. Pourtant, beaucoup de choses étaient très très positives : nous arrivions à tenir notre promesse, ce qui n’était pas évident : organiser des rendez-vous entre célibataires. Le principe était simple :
- 1 – Vous indiquiez qui vous plaisait.
- 2 – Vous indiquiez quand vous étiez libre.
- 3 – On vous réservait une table dans un bar (ça, c’était un tour de force), avec une personne qui vous plaisait et à qui vous plaisiez.
Le dating est un marché hyper concurrentiel. Toutefois, ce qu’on remarquait, c’était que l’offre de valeur était toujours la même : l’accès à une base de données et des fonctions de communication. Notre stratégie était donc d’élever fondamentalement la valeur de notre offre : ce que nous « vendions », c’était du rendez-vous.
Toutefois, il nous a fallu du temps pour arriver à ce concept. Et là, ce fut la première erreur.
Le développement a commencé alors que notre différenciation était classique : plus de sécurité, interface plus travaillée, fonctions de matching comportemental avancées, tarification permettant une segmentation à l’entrée. Rien de très excitant, le projet s’appelait alors Affinities (je possède toujours la marque d’ailleurs — c’est devenu drôle quelques mois après quand Meetic a lancé Meetic Affinity).
Et là, ce fut le premier problème et notre première erreur. Nous connaissions très bien le marché, mais trop bien (cf l’aventure DatingWatch). Prendre de la distance pour imaginer quelque chose de nouveau était difficile. En même temps, les lignes de code de notre développeur s’empilaient, nous avions des fonctions superbes (un messenger notamment avec archivage des discussion et recherche par mot clef, etc…). Tout cela intégré dans une interface 100% javascript.
Et quand l’idée est apparue, d’une manière simple en répondant à la question qu’on devrait tous se poser : « De quoi je rêverais pour faire des rencontres ? », et que la réponse fut simplement « Qu’on m’organise des rendez-vous avec des personnes que j’ai envie de rencontrer », ce fut un peu le branle bas de combat.
Branle bas de combat avec notre développeur : virer plein de choses, dont la gestion des contacts (on se basait désormais sur un tryptique Oui / Non / Pourquoi Pas) qui était un des coeurs du système. Passer des journées à faire des équations et des algorithmes pour aboutir à de nouveaux algorithmes de matching correspondant aux nouvelles interactions, mettre en place des API de géolocalisation, un moteur de réservation et de gestion de disponibilité des bars, prenant en compte la localisation de nos clients et leurs différentes adresses (personnelles, bureau, etc…), et surtout prenant en compte le fait que rien n’est sûr avec les bars jusqu’au moment où on a venant d’un bar un OK, c’est bon pour ce soir, deux tables, 20h30 et 21h15.
Cela a aboutit à une refonte du business model, en passant de l’abonnement au rendez-vous (changement de proposition de valeur oblige).
On a donc passé notre temps à essayer de mettre en place toute une nouvelle logique, qui n’existait nulle part, en faisant plier un code déjà existant pour le faire entrer dans un nouveau concept.
Et c’est là qu’on s’est planté.
On s’est planté car on a livré un produit qui était bon, mais pas totalement cohérent encore. Il nous fallait changer nos modèles d’interactions entre nos membres pour augmenter le nombre de rendez-vous ainsi que notre mode d’inscription, trop « dating classique ».
Et après beaucoup de conversations avec différents investisseurs, qu’on a toujours refusé, trop jaloux de notre capital que nous étions, on s’est retrouvé dans une situation où notre développeur ne pouvait plus survivre financièrement. Et les dernières modifications à apporter au site étaient trop lourdes, trop coûteuses tant en temps qu’émotionnellement.
Car c’est ici finalement que s’est situé notre « péché ».
C’était notre premier vrai projet entrepreneurial, le premier qui voit le jour. Et au final, ce fut une aventure romantique, presque épique. Tout devait être parfait, nous étions « trois frères de sang » à l’attaque du marché B2C le plus concurrentiel de l’internet français.
Nous avons mis toutes nos tripes dedans, et au bout d’un moment, à force de changer les choses, l’un de nous n’en pouvait plus. Malheureusement si près du but.
Aussi, c’était comme un bébé, ce site. On justifie ses choix de carrière par rapport à ce projet, on convainc son entourage de la viabilité, de l’innovation du projet. On en arrive à se définir par rapport à ce projet, par rapport à ces 100 000 lignes de javascript et 30 000 lignes de rails entreposées sur un serveur.
Et nos choix sont pas toujours les plus rationnels. Surtout à plusieurs.
Je discutais hier de la différence entre convaincre et persuader. Convaincre fait appel à la raison, persuader à l’émotion. On peut détruire un argumentaire raisonnable, mais jamais une émotion. Toutes nos levées de fonds doivent leur échec à l’attachement affectif à notre projet, à la peur de s’en voir expropriés, alors que rien n’était fait. Nous avions mis tellement de valeur dans le projet pour légitimer notre choix, que nous ne voyions pas que rationnellement, le projet n’avait pas de valeur tant qu’il ne dégageait pas un cash flow confortable.
Au bout d’un peu plus d’un mois, près de trois mille inscriptions, plus de 550 000 pages vues et 50 000 visites, avec des temps de connexion moyen de plus de 20 minutes par connexion, on a fait un ./stop_server entrée.
Voilà. YesOrNow n’est pas mort, mais cette aventure, comme elle le fut, est terminée. YesOrNow revivra un jour. Je l’espère, d’autant plus que je suis intimement convaincu du concept, et que je sais ce qui n’allait pas.
Le romantisme est mort. Vive la raison, animée de passion.
Juste pour finir, je me permets de citer mon ami Rupert Schiessl, un des fondateurs de Verteego :
« Ce que je trouve fascinant dans la création d’entreprise et que nous avons tous lus de nombreux ouvrages de créateurs d’entreprises approuvés témoignant de leurs erreurs pour ensuite refaire les mêmes. »
